Transition énergétique

Future ligne ferroviaire Béziers-Perpignan Hélène Sandragné plaide pour une mixité fret-voyageurs

Signature convention d'engagement pour la ligne à grande vitesse Montpellier Perpignan avec Jean Castex et Hélène Sandragné, Département de l'Aude
© Département de l'Aude

Alors que le Premier ministre Jean Castex s'est rendu ce samedi 22 janvier à Narbonne pour la signature du protocole d'engagement des différents partenaires pour la ligne à grande vitesse Montpellier-Perpignan, la présidente Hélène Sandragné a réitéré la position du Département sur le dossier en remettant une lettre au chef du gouvernement. Dans la missive, l'élue regrette notamment que la dimension du fret ne soit pas prise en compte sur le tronçon Béziers-Perpignan, alors que la ligne actuelle s'avère déjà inadaptée aux changements climatiques futurs, notamment en terme de risque de submersion marine. Voici l'intégralité de ses propos.

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"Monsieur le Premier ministre,

La ligne nouvelle Montpellier – Perpignan est fortement attendue dans notre Département. Fin connaisseur de ce dossier, vous n’êtes pas sans l’ignorer et je ne peux que me réjouir de l’engagement de l’Etat ces derniers mois pour le faire avancer à un rythme conséquent.

La signature du protocole d’engagement financier de tous les partenaires de cette future ligne à grande vitesse, ce samedi 22 janvier 2022, marque indéniablement une étape importante pour l’avancée de ce dossier. Je tiens à vous faire part de ma satisfaction du choix qui a été fait de nous proposer une signature prenant en compte l’intégralité de la ligne de Montpellier à Perpignan. Sans douter de la volonté de chacune des collectivités territoriales de participer à l’ensemble du tracé, qu’elle soit concernée par le premier tronçon, entre Montpellier et Béziers, le second entre Béziers et Perpignan, ou les deux, la signature concomitante d’un même document permet de rassurer chacun.

A l’heure où le réchauffement climatique ne fait plus aucun doute et doit être une priorité de toutes les politiques publiques, il paraît incohérent de créer une nouvelle ligne ferroviaire sans la rendre mixte pour le transport de voyageurs et de fret sur l’ensemble de son parcours.

Ces motifs de contentement ne peuvent cependant gommer à la fois une incompréhension et une insatisfaction sur l’aménagement de cette infrastructure structurante pour notre territoire, que l’on raisonne au plan local
comme national et international. En effet, à l’heure où le réchauffement climatique ne fait plus aucun doute et doit être une priorité de toutes les politiques publiques, il paraît incohérent de créer une nouvelle ligne ferroviaire sans la rendre mixte pour le transport de voyageurs et de fret sur l’ensemble de son parcours. Certes, le tronçon Montpellier – Béziers sera bien ouvert à la circulation de marchandises et de voyageurs. Mais le fret est à ce jour exclu du tronçon Béziers – Perpignan. Or, nous sommes dans une zone territoriale où le transport international de marchandises constitue une part importante du trafic routier, tant sur la route départementale 6009 que sur l’autoroute A9 qui relie la France à l’Espagne.

Considérer qu’un meilleur cadencement du fret ferroviaire pourrait être possible par un usage renforcé de la ligne actuelle semble une chimère.

Par ailleurs, l’actuelle voie ferrée entre Narbonne et Perpignan fait l’objet de toutes les attentions puisqu’à certains endroits, située à une altitude d’un mètre par rapport au niveau de la mer, elle est menacée de submersion marine d’ici à la fin du siècle. Déjà, lors de crues ou de forts coups de mer, la voie est régulièrement coupée et nécessite des travaux importants pour la maintenir et la remettre en état. De ce fait, considérer qu’un meilleur cadencement du fret ferroviaire pourrait être possible par un usage renforcé de la ligne actuelle semble une chimère. En effet, il n’est même pas possible d’investir massivement pour sa réfection et sa surélévation compte-tenu de la sensibilité écologique des étangs.

Comment pourrons-nous assumer, dans vingt ans, lors de l’inauguration de la ligne, que nous n’avons pas prévu que les marchandises puissent y circuler ?

En faisant de la ligne nouvelle une ligne mixte sur l’ensemble de son tracé, nous avons la possibilité de répondre à la nécessaire augmentation du fret ferroviaire, élément saillant d’une politique de transition écologique et énergétique. Alors que nous devons mettre en oeuvre toutes les alternatives possibles aux activités humaines les plus polluantes, comment pourrons-nous assumer, dans vingt ans, lors de l’inauguration de la ligne, que nous n’avons pas prévu que les marchandises puissent y circuler ?

Vous sachant attentif à ces problématiques, je ne doute pas que vous aurez à coeur, tout comme moi, d’envisager l’infrastructure publique que nous nous apprêtons à réaliser sur un temps long, en s’assurant qu’elle puisse remplir l’ensemble des rôles auxquels elle peut être dévolue.

Dans l’attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma haute considération."