Les fouilles du site de La Madeleine à Pezens

L’aménagement du giratoire de La Madeleine sur la RD 6113 à la sortie de Pezens a entrainé en 2011 une vaste campagne d’archéologie préventive. Cette opération a permis la mise au jour et l’étude de vestiges néolithiques et d’une nécropole datable de l’Antiquité tardive et de la période wisigothique (IV° -VII° siècle). Les résultats de ces travaux seront prochainement valorisés par le Département, en voici déjà un aperçu.

Le site de La Madeleine

Le caractère particulièrement dangereux du carrefour de la Madeleine a conduit la Direction des Routes du Département de l’Aude à en repenser l’aménagement pour créer un giratoire. Comme lors de tous les travaux d’aménagement du territoire, les services de l’Etat ont dû au préalable statuer sur l’intérêt archéologique de la zone concernée. La présence de la chapelle de la Madeleine, petit édifice roman classé Monument historique, et des découvertes anciennes laissaient en effet penser que le terrain pouvait livrer d’intéressants vestiges.

La chapelle de la Madeleine (© commons.wikimedia)

Un diagnostic archéologique a été réalisé en 2010. Son objectif était de savoir, avant le début du chantier, si le terrain recelait des vestiges d’occupations humaines passées. Cette opération a toujours lieu en amont du projet de manière à éviter les découvertes fortuites qui, lorsqu’elles sont faites en cours de chantier, peuvent conduire à interrompre les travaux. Pour réaliser le diagnostic, les archéologues effectuent des sondages qui prennent le plus souvent la forme de tranchées creusées à la pelle mécanique. Ils observent alors les structures qui peuvent éventuellement apparaître ou les objets mis au jour dans la terre retournée.

Dans le cas de Pezens, le diagnostic a laissé entrevoir d’importants vestiges, ce qui a conduit le préfet à prescrire la tenue d’une fouille préventive. Les archéologues de la société ACTER ont fouillé quatre mois en 2011, sous la responsabilité scientifique de Jean-Paul Cazes. Deux chantiers distincts ont été ouverts : l’un au nord de la chapelle a concerné la nécropole, l’autre, au sud, les vestiges néolithiques.

Emplacement des deux chantiers de fouilles sur à l’aménagement initial du carrefour

Les vestiges néolithiques

Les vestiges mis au jour dans le chantier sud témoignent d’une occupation néolithique du site. Le néolithique s’étend de 6 000 à 2 200 ans avant J.-C. et correspond à la période de mise en place des premières sociétés de paysans. Les hommes quittent peu à peu le nomadisme pour pratiquer l’agriculture et l’élevage, utilisent la céramique pour fabriquer des récipients et polissent la pierre pour produire des outils.

Si vous ne disposez que de 3 minutes, mais que vous voulez tout connaître des 4 000 ans du néolithique, regardez ce petit film d’animation conçu par l’INRAP :

© ARTE France - Inrap - Doncvoilà Productions - 2015
 

A Pezens, la période d’occupation a sans doute été limitée à l’époque chasséenne, qui s’est répandue environ entre 4200 et 3500 av. J.-C. Les archéologues ont pu identifier différentes structures telles que des trous de poteaux, des fosses ou des espaces de stockage. Ces éléments laissent supposer qu’il s’agissait d’une zone d’activité agricole sur laquelle on aurait stocké des denrées alimentaires dans des fosses ou des silos aériens et où était aménagée une aire de grillage ou de torréfaction des céréales.

Le site fouillé ne comporte pas de trace d’habitation. Sa superficie est cependant restreinte, il est donc possible que des habitations, non mises au jour, se trouvent à proximité de cette zone agricole.

La nécropole

Au nord de la chapelle de la Madeleine, 150 sépultures ont été fouillées par les archéologues. Elles se se regroupent en trois grandes phases d’inhumation et font le lien entre la fin de l’Antiquité et le Haut Moyen-Age.

Fouille de la nécropole

Les tombes les plus anciennes datent du IV° s après- J.-C. Bien que le bois les composant à l’origine ait disparu, des clous métalliques attestent, dans la plupart des cas, du dépôt des corps dans des cercueils. Les défunts étaient accompagnés d’offrandes funéraires, principalement de la vaisselle. Cette pratique était courante dans l’Antiquité.

La majorité des tombes est cependant plus tardive. Environ 120 sépultures sont ainsi datables entre la fin du V° s et la fin du VII° s. Elles appartiennent à une nécropole wisigothique. Les Wisigoths, comme les Vandales, les Alains ou les Burgondes, appartiennent à cet ensemble de peuples venus d’Europe centrale et de Germanie qui, profitant de l’affaiblissement de l’empire romain, ont gagné l’ouest du continent et l’Afrique du Nord à la recherche de terres sur lesquelles s’installer. Le phénomène, qualifié d’ « Invasion barbares » ou « Grandes migrations » s’étend du IV° au VII° siècle après J.-C. Les Wisigoths s’installent dans un premier temps en Aquitaine, d’où ils sont rapidement chassés par les Francs, ce qui les contraint à gagner le Languedoc, puis l’Espagne.

 L’Europe aux temps des grandes migrations (500 et 560 ap. J.-C.) © commons.wikimedia (Spiridon MANOLIU)

 

L’architecture des tombes wisigothiques diffère de celle de la période précédente car le cercueil est remplacé par un simple coffrage de planches de bois callées par des pierres.

Détail d’une fibule recouverte d’une tôle d’argent et de paillons d’or

De nombreux éléments de parure, ainsi que des bijoux et des armes ont été mis au jour dans les sépultures wisigothiques par les archéologues. Le plus souvent, ces éléments ont été retrouvés en place utilitaire ce qui permet d’affirmer que la population enterrée à Pezens pratiquait l’inhumation habillée, coutume qui n’était pas pratiquée dans l’Antiquité romaine.

Parmi les objets trouvés dans ces sépultures, on compte de très nombreuses  plaques-boucles, éléments servant à fixer la boucle de ceinture à la ceinture elle-même, quelques fibules, sortes de broches permettant de maintenir les vêtements, des couteaux et scramasaxes, mais aussi des objets de la vie quotidienne comme des pinces à épiler ou une clef. Parmi les bijoux, on compte des bracelets et boucles d’oreille métalliques, une bague et surtout des colliers faits de perles de verre ou d’ambre.

Enfin, trois sépultures isolées pourraient être datées du haut Moyen-Age.

Une dernière vidéo pour finir, résumant en trois minutes le passage de l’Antiquité eu Moyen-Age :

© ARTE France - Inrap - Doncvoilà Productions - 2015

 

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